Le mot du président 2022

29 mars 2022 |

Nous avons vécu et continuons a vivre un retour à l’action, cependant nous en ressentons les à-coups, mais cette période ralentie ces deux dernières années- nous a fait perdre deux ans d’énergie de projets et d’élan, (ou ils auront été pour le moins beaucoup retardés). Nous ne serons pas dans l’optimisme béat des découvertes de bricoleurs du confinement. Cependant, nous sommes heureux que le secteur culturel et artistique, dont nous faisons partie se remette remis a échanger avec des projets «à plein temps».

J’ai souhaité également rappeler nos fondamentaux ; en effet depuis plus de 20 ans l’association « La Taille & Le Crayon » recense, expose et accompagne les artistes graveurs et dessinateurs, éclairant les rapports multiples qui unissent ces deux disciplines auxquelles s’ajoutent -occasionnellement- peinture sculpture céramique… et bientôt musique. En effet nos disciplines sont objet de connaissance et objet de civilisation, elles ne fonctionnent pas en boucle, disciplines autonomes flottant dans l’éther créateur. Nous sommes appuyés dans cette démarche d’accompagnement par la Fondation Taylor, qui soutient notre action par sa présence discrète et son aide bienveillante, depuis notre création.

Notre Association «La Taille & Le Crayon» n’est pas exclusivement une réunion d’artistes, regroupés a des fins de facilités logistiques et auto-promotionnelles, elle regroupe amateurs*, artistes, professionnels des arts, praticiens, galeristes, critiques et érudits, et ainsi tente de rassembler tous les regards qui convergent vers nos disciplines : c’est ce qui fait notre spécificité; dans notre association les artistes invités et exposés chaque année sont élus en collégiale sur proposition du groupe de travail, nous souhaitons ainsi donner une garantie d’indépendance, de libre choix, d’ouverture, et pousser une démarche de recherche dans les thématiques d’exposition proposées. Celles-ci regroupent aussi bien de jeunes talents que des artistes émergents ou au sommet de leurs disciplines… Ainsi adhérer signifie collaborer a une entraide, une écoute et une attention à autrui.
Une exposition annuelle, documentée, illustre cette recherche. Les suites et le succès obtenu pour les artistes exposés jusqu’à aujourd’hui démontrent le bien fondé de cette démarche. 
Le magnifique cadre de l’atelier, au dernier étage de la fondation, valorise nos propositions, ainsi mises en scène dans cet espace exceptionnel. 
Nous accueillerons bientôt une dizaine d’artistes, ce mois de novembre, pour la prochaine thématique « Bestiaires contemporains » en cours de réflexion, reflet d’une préoccupation contemporaine -et sans âge- : la représentation de la nature, et ici particulièrement dans les contradictions et les rapport que nous tissons et entretenons entre nature, culture et société. Souhaitant pouvoir vous proposer ce rendez-vous en toute sérénité, -un rendez-vous lié aux conditions sanitaires en cours à ce moment- je vous invite à nous suivre sur les sites de l’association comme sur celui de la Fondation Taylor .

Carlos Lopez président de l’association, aux cotés de Claude Bouret et Yves Dodeman, respectivement fondateur/ président honoraire et co-Président.

*(…) ces amateurs inappréciables qui, s’ils ne créaient pas les œuvres mêmes, en créaient la véritable valeur (…)

P. Valéry, Regards sur le monde actuel,1931, p. 241.

Adhésions 2022


nature contre nature

22 novembre 2021 |

• SARAH BARTHÉLÉMY-SIBI • CAROLINE BOUYER • PAULINE BRAMI •
• MARÍA CHILLÓN • CHRYSAV • CEDRIC LE CORF • HÉLÈNE DAMVILLE •
• VÉRONIQUE DESMASURES • PAOLA DIDONG • JEAN LODGE •
• IRIS MIRANDA • GUILLAINE QUERRIEN • FABIENNE SCHOULER •

Visuel Claire Illouz, Antipode H / Eau-forte, monotype / 28 x 21 cm
 

Contre-nature signifie ici recherche de complémentarités, de partages inédits entre nous et les choses.
Le trait promeut, non le paysage, mais la forme végétale – écorce, lichen, racine, rhizome, branche, mousse, feuille – aussi bien que la forme animale ou minérale, et refuse toute compromission avec le brouillage et la rature qui ont pu hanter le dessin et la gravure.
C’est ce refus d’idéalité qui donne jusqu’au trouble le sentiment d’une nature enfin délivrée de la toute-puissance de l’homme. Présente dans nombre d’œuvres, la fragmentation métonymique du donné sensible réussit en effet à rendre la plénitude de la matière organique, sans jamais s’exténuer dans une quelconque nostalgie de la totalité.
C’est donc à d’étranges rencontres avec la nature que nous convient les dessins, les gravures et les sculptures de cette exposition.
Loin de rétrécir le visible, ces œuvres donnent à voir l’ombre portée du monde sensible et son irrémédiable densité.
Elles sont autant de tentatives de ne plus dessiner ou peindre «d’après nature» mais avec la nature.
Pour y parvenir, les artistes n’ont pas cherché à domestiquer par le trait ou la pointe la nature, mais ont préféré s’adosser à elle, afin de faire de la ligne, de la découpe, du tissage ou du froissé, l’instrument d’un redoublement productif.
Ils ont choisi de se situer au plus près du monde végétal et de son foisonnement horizontal, d’aller à la rencontre des talus et des crêtes qui offrent au regard leur verticalité improbable, d’hybrider le matériau végétal et la matière minérale, de pourchasser le souvenir d’une forme ligneuse ou d’un insecte en vol.

Michel de Fornel / 2021

© Michel de Fornel, Directeur d’Études à l’EHESS
École des Hautes Études en Sciences Sociales.
visuel Claire Illouz « Antipode H » Eau Forte / monotype

Une pensée pour Claude Bouret

22 novembre 2021 |


2021, un dimanche… par une fraiche journée de novembre, Claude Bouret nous a quittés, nous laissant dans l’émotion de cette brusque disparition.
L’association la Taille et le Crayon lui doit vingt années de fidélité, de ténacité, de courage et de passion, passées à courir les ateliers, découvrir les œuvres, encourager et accompagner les artistes, co-organiser puis superviser nos expositions… Nous sommes nombreux à partager cette perte, auprès de ses camarades de la première heure comme auprès de sa famille, et nombreux qui resterons attachés à sa vision sensible et érudite, à son plaisir des belles choses, comme à ses longues digressions, accompagnées des meilleures pages de Paul Valéry qu’il aimait citer et à son jugement éclairé sur tout ce que la gravure et le dessin comptent de passionnés, d’érudits et d’amateurs.
Ce qui était jusqu’à présent une continuité de son effort devient aujourd’hui une œuvre qu’il nous lègue, que nous avons la mission et le devoir de poursuivre…

Un film de Théodore Bouret  :
Remise de Prix de l’association Le Bois gravé à la Fondation Taylor.
RUSH & CUT
 

diptyques éphémères dans l’atelier de la fondation Taylor, du 9 janvier au 2 février 2020

2 janvier 2020 |

Commissaire d’exposition Éric Fourmestraux,

 

Le projet « Diptyques éphémères » se propose de créer un lien entre des artistes graveurs de La Taille et le Crayon et des artistes extérieurs non-graveurs, pour favoriser l’ouverture de la pratique de l’estampe et la visibilité de notre association à un plus large public.
Les artistes de La Taille et le Crayon souhaitant participer au projet ont choisi un artiste de leur choix qui ne pratique pas la gravure, mais bien entendu le dessin.
Chaque artiste a proposé à son binôme une œuvre existante, ancienne ou récente, à laquelle ce dernier a répondu par la création d’une œuvre nouvelle, qui sera associée en diptyque lors de l’exposition à la Fondation Taylor.
Un artiste graveur propose une gravure. L’artiste dessinateur associé répond par un dessin qui forme le diptyque. Et inversement, l’artiste dessinateur propose un dessin auquel l’artiste graveur associé répond par une gravure qui forme un second diptyque.
« Diptyques éphémères », puisque chaque artiste reste propriétaire de son travail et que les dessins ne sont pas des multiples.

avec les réponses des binômes graveur/dessinateur suivants :
• LEPEYTRE / BADUEL • FOURMESTRAUX / MEHLING-SINCLAIR •
• DESMASURES / BANGOURA • GENDRE-BERGÈRE / HENSMANS
• REBILLAUD / EDEINGER • SCHOULER / LOUBRY • LOPEZ / BOUQUET •
• VILLULLAS / SIGG • ABELANET / PASSERON • ALONSO / COLIN •
• FAURE / NUROGLU • HAMEY / HARLÉ • MELLER / ZANNAD •

 


HASEGAWA EN NOIRS ET EN COULEURS DANS LA PÉRIODE 1913 -1932

20 janvier 2019 |

par Yves Dodeman

 

Au Japon

Kiyoshi Hasegawa naît en 1891, à Yokohama, un des trois premiers ports japonais ouverts aux étrangers en 1859, après deux siècles d’isolationnisme total. Son enfance dans cette ville cosmopolite explique peut-être son attirance pour le monde occidental.
A 19 ans, il étudie le dessin et la peinture dans deux académies de Tokyo et commence à s’intéresser à l’art européen. Alors que la gravure traditionnelle polychrome sur bois était à son déclin, de jeunes artistes nippons s’émerveillaient pour les œuvres de Gauguin, Munch, Kandinsky, Kirchner… Au système traditionnel d’élaboration des gravures avec trois intervenants : le dessinateur, le graveur et l’imprimeur, ils entendaient substituer le travail de l’artiste unique qui conçoit et réalise l’œuvre dans sa totalité. C’est ainsi que naquit le mouvement Sosaku Hanga (L’estampe créative).
À l’époque, la gravure sur cuivre est quasiment inconnue au Japon. Initié à cette technique nouvelle par Saburosuke Okada, Hasegawa fait venir une presse d’Angleterre. Ses premières eaux-fortes répertoriées datent de 1913 ; il a alors 22 ans. En 1916, il fonde avec quelques amis, la première association de graveurs au Japon, le Nihon Hanga Club. Mais le bois reste toujours son médium favori. De 1913 à 1917, K. Hasegawa illustre plusieurs revues littéraires puis, en 1917, le premier recueil de poèmes de son ami, Konosuké Hinatsu, «Tenshin no sho» (Hommage à la métamorphose). Suivra, en 1918, des bois de fil pour «Gekko to Pierrot» (La lumière de la lune et Pierrot), de son autre grand ami, le poète Daigaku Horiguchi.

La meilleure spécialiste de Hasegawa, Madame Kiyoko Sawatari, conservateur émérite du département des estampes au Musée d’Art de Yokohama, nous apprend qu’il exécutait ses gravures « directement sur le bois, sans calque ni dessin, ce qui n’était pas habituel à l’époque » et que, par ailleurs, il « adopta des inventions techniques comme l’impression or sur papier bleu foncé, inspirée par la calligraphie traditionnelle du Japon, et l’impression à effet de dégradé qui se trouve dans les estampes de Hokusai et Kunitora »1.

 

1/ Kiyoko Sawatari, «La jeunesse de Kiyoshi Hasegawa au Japon», in «À propos de l’œuvre gravé de Kiyoshi
Hasegawa (1891-1980)», publié par la Fondation Taylor en1998
 

En France

Hasegawa désirait ardemment découvrir sur place les œuvres originales de l’art occidental mais la guerre faisait rage en Europe et
il dut attendre la fin du conflit pour entreprendre son voyage. Ayant pris le premier bateau disponible pour San-Francisco, en décembre 1918, il traversa les États-Unis et s’embarqua pour Le Havre. Il arriva en avril 1919, à «Paris qui était depuis longtemps dans mon cœur», écrit-il en juillet de la même année.
Ses toutes premières estampes en France sont des bois de bout car, dès 1920, il reprend l’illustration de poèmes d’Horiguchi. En 1921, il grave sur bois de fil des paysages (Cagnes et Meudon) et des scènes d’un voyage en Bretagne. Ses premières eaux-fortes et pointes sèches n’apparaissent que l’année suivante.
Le cuivre et le bois coexisteront jusqu’en 1932, année où il illustre de cinq bois de bout la chanson d’Ernest Dumont, «Nuits de Chine»2. Il ne retouchera plus à la xylographie.
Hasegawa continuera à se distinguer dans toutes les techniques de la taille-douce, y compris le burin, mais c’est la manière noire qui fixera sa renommée à partir des années soixante.

 

Le noir et la couleur chez Kiyoshi Hasegawa

Les bois de Hasegawa qui ornaient la couverture des revues littéraires japonaises étaient toujours en couleurs, tandis que ses autres estampes l’étaient rarement. Citons, parmi ces exceptions, quelques séduisants paysages du Japon, comme «Port de Hakodaté» ou «Lune rouge» (1917), mais aussi de
France, comme «Église de Cagnes» et «Viaduc de Meudon» (1921), «Vieille maison à Quimperlé» (1922) et enfin «La Colle» (1928) qui restera inachevé.
En revanche, l’œuvre en taille- douce d’Hasegawa est exclusivement monochrome et le plus souvent en noir et blanc 3.
La couleur, Hasegawa l’exprimait avant tout sur ses toiles. En effet – on l’oublie parfois – Hasegawa, entre les deux guerres, eut au moins autant de succès avec ses gravures qu’avec ses peintures qu’il présenta dès le début de son séjour en France puisque ses premières expositions d’huiles sur toile datent de 1924 (Peintres-Graveurs Indépendants et Salon d’Automne).
Il y eut ainsi, à partir de 1923, deux Hasegawa, l’un qui regardait en couleurs le monde qui l’environnait, peignant des paysages du Midi ou des bouquets champêtres, l’autre qui imaginait l’univers en noir et blanc lorsqu’il gravait. La sobriété et la pureté du noir et blanc lui permettaient de mieux exprimer la poésie des sujets et le mystère de la vie, de sentir le rythme subtil de la nature et ainsi, «par le monde visible entrer dans le monde invisible 4».

 
2/ « Chansons populaires françaises, de 1870 à nos jours », publié à Paris par la Société de la Gravure sur Bois Originale (SGBO) dont il était membre depuis 1930
 
3/ Il existe certaines épreuves exceptionnellement coloriées à la main
 
4/ Entretien avec Robert Rey, 1963